Elle se nomme Soussaba KOUYATE, né de père griot à la personne de Sotigui Kouyaté et de mère griotte donc issue d’une famille d’artiste. Elle est maquilleuse professionnelle de plateau destiné au théâtre, au cinéma, à la mode… Elle est donc née dans l’art, du cinéma et la musique.
Etant donné qu’elle soit née d’une famille d’artiste composée de musiciens, de comédiens, de griots ainsi que le maquillage donc vous comprendrez à quel point l’art est inné chez elle.
Elle passe son enfance dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest la Haute-Volta, actuelle Burkina Faso. Partie pour des études de Sociologie matrimoniale, le destin se chargera de la maintenir entre les jougs de l’esthétique et de conteuse dont on a le privilège de vous faire découvrir.
Cet amour pour le maquillage est-il une réalité substantielle pour l’âme de l’artiste ?
Cependant, sa passion ou du moins, son choix pour le maquillage plateau peut être l’ancrage fortuit d’une histoire de famille car elle découle de son tout premier grand plateau de tournage d’un film intitulé ‘’Keita, l’héritage du griot’’ un long métrage de son grand frère Dani Kouyaté, un éminent réalisateur africain et originaire du Burkina Faso pourtant j’y étais pour un stage.
Pour l’artiste, le maquillage est non seulement une passion mais également, une branche artistique qui englobe énormément de choses et de réalités impliquant ainsi plusieurs dimensions artistiques et culturelles des réalités sociétales et humaines que racontent un film. Elle fut très émerveillée et abasourdie par le travail et le talent de sa cheffe maquilleuse de plateau, à la personne de Mariam SIDIBE dite Meema, qui parvenait à réaliser des merveilles juste avec la houppette, la boite de la poudre et toute la transformation que cette dernière faisait sur le visage des différents personnages qui étaient appelés à tourner ou à jouer dans ladite production cinématographique. Emerveillée par tout ceci, notre icone ou maquilleuse professionnelle plateau, madame Kouyaté Ouologuem, se dit d’alors, voilà ce que « je souhaiterais faire comme travail dans ma vie d’artiste ». Selon notre artiste : « le maquillage, sur un plateau, ne consiste pas à transformer le visage des différents personnages incarnés en beauté ou en laideur, en maladie ou en vieillissement… c’est une sorte de régénération si vous voulez mais, il va au-delà de tout ça. C’est tout un art de la vie qui se caractériserait par la croyance, la spiritualité, l’initiatique et le sacrée » disait Madame Kouyaté Ouologuem.
De la nature complexe des grands plateaux de tournage, lequel a-t-il marqué l’artiste ?
Etant donné qu’un plateau diffère d’un autre, la technique et la spiritualité d’un réalisateur diffère d’un autre, elle fera plusieurs expériences d’aventure cinématographique mais le plateau qui lui a le plus marqué dans sa carrière est celui de la ‘’Genèse’’ du réalisateur malien, tonton Cheick Oumar SISSOKO. Le plateau de ce film, tourné en 1996 à Hombori au nord du Mali, regroupait en son sein tellement de diversités culturelles, des milliers de figurants venus de divers horizons, d’ethnies, de races avec divers maquillages, diverses coiffures et divers costumes qui émerveillaient la présence de notre artiste maquilleuse qui d’ailleurs, n’était qu’à son troisième plus grand plateau de tournage. Durant une trentaine d’année de carrière, Soussaba affirme qu’elle n’a vécu le même plateau similaire car chaque production a sa spécificité et ses réalités artistiques. L’ironie de l’histoire est que, pour l’artiste Soussaba, sa passion pour le maquillage est comme sa seconde peau sur son corps, le sang qui coule dans ses veines, l’air qu’elle respire, une source qui rafraichie son âme donc elle ramène tout à cet art auquel elle doit toute sa vie et son existence tout entière. Elle vit du maquillage, vit pour ça et par extension de la décoration, de costumière, de conteuse et aussi surprenante que cela puisse paraitre, elle n’a aucun signe de chanteuse bien qu’elle soit née d’une famille griotte.
Partant de cet amour fou pour le maquillage, y’a-t-il une ambition pour la postérité ?
« Voyez-vous, ce beau métier qu’est le maquillage plateau souffre d’une méconnaissance du métier et son importance dans la transformation et la manière de raconter les histoires à travers un projet de film non seulement par les acteurs évoluant dans le septième art mais aussi, la grande majorité de personnes qui confondent ce métier de maquillage avec celui du blingbling que nous offre nos salons de coiffure lors des cérémonies sociales » dixit l’artiste.
Notre artiste est animé d’un rêve qui consistera à perpétuer son savoir-faire et son talent pour les générations futures maliennes et de l’Afrique toute entière. Cette passion et le savoir-faire pour le maquillage sont le résultat de nombreux stages à travers les pays d’Afrique, d’Europe et en suivant des formations professionnelles en France notamment ‘’Ecole technique privée de maquillage artistique Christian Chauveau à Paris’’ dont elle rend un vibrant hommage à Feu Sotigui Kouyaté, son père pour cette belle opportunité à être mieux outiller pour son art.
C’est tellement de richesses et d’expériences acquises à travers plusieurs grands plateaux de production cinématographique départ le monde qu’elle envisage de partager avec la jeune génération si jamais l’opportunité lui était présentée. Elle envisage d’aller même au-delà de ceux et celles qui exercent le maquillage artistique comme métier mais la possibilité de faire embrasser toutes les disciplines artistiques qu’englobe le septième art qu’est le cinéma.
Se renseigner auprès des grands réalisateurs, des chefs operateurs et des grands cadreurs lors d’une production cinématographique, vous comprendrez aisément le rôle et l’importance d’un maquilleur ou d’une maquilleuse artistique sur un plateau de tournage. Cela est valable pour un chef électro qui mesure l’ampleur de l’image lorsqu’il y’a une complicité entre son équipe et celle en charge du maquillage et la déco artistique que recommande le paysage du film. Il faut que la jeune génération accepte d’aller dans les coulisses de ceux ou celles dont les films sont la plupart primés afin de leurs poser la question de comment ils font pour la beauté et la qualité de leur image, c’est ainsi qu’elle comprendra jusqu’ou le métier de maquilleur a de la noblesse et du mérite dans nos productions cinématographique.
Partant de là, quel ancrage ou perspectives de concrétiser ce projet avec les jeunes ?
On est des êtres humains,
On est appelé à quitter ce bas monde à tout moment donc je souhaite laisser derrière moi, une empreinte artistique qui consiste à faire comprendre et à apprendre à la jeune génération que le maquillage artistique n’est pas que les poudres, les pinceaux et les éponges… on peut faire le maquillage d’un film sans toucher à une boite de poudre et la génération actuelle ignore cela. A noter qu’un bon maquillage ne saurait réussir sans une bonne connaissance de base de la lumière, du décor car le maquilleur ou la maquilleuse doit pouvoir tenir compte du décor, de la lumière et du costume d’où tout mon ambition de laisser derrière moi, un héritage pour la postérité de mes oeuvres cinématographiques et en tant que maquilleuse professionnelle.
Sur ce, je reste engagée et disponible pour tout projet de création ou de production cinématographique afin de faire rayonner le cinéma à travers l’Afrique et le monde.
Conçu à Bamako, le 1 novembre 2025
Par Adama Dembélé dit Dami
Journaliste culturel & Artiste cinéaste